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Le cinéma à l’honneur dans Alexandrins n°8

Les différents articles du dossier spécial d’Alexandrins n°8 ont été écrits à partir de plusieurs interviews de personnalités et d’acteurs (au sens propre et figuré) de la scène Hanoienne.

Retrouvez ici l’intégralité de ces entretiens.

Bùi Kim Quy - Scénariste

1) Lorsque vous écrivez un scénario, vous basez-vous sur des acteurs déjà présents dans le marché afin de faciliter le casting, ou vous laissez-vous guider purement par votre créativité ?

Beaucoup de producteurs de cinémas optent en effet pour les scénarios destinés aux célébrités les plus connus, puisque évidemment ceux-ci ont un rapport avec les gains. Acteurs, chanteurs ou mannequins… plus ils sont populaires, plus leur perspective d’être porté sur le grand écran sera grand. Bien qu’il y existe un nombre important d’acteurs que je souhaite avoir dans un de mes films, écrire un scénario à partir de personnes disponibles dans l’industrie ne convient pas à ma manière de travailler.
Pour ma part, les métiers de cinéaste et de designer se ressemblent. Les deux nécessitent des créations. Même en s’inspirant d’un évènement réel de la vie, je le raconte toujours avec des émotions personnelles, une créativité artistique, venant d’une manifestation interne. Je n’ai pas l’habitude de relater simplement les faits que j’observe tels qu’ils sont, puisque ce sera exactement comme repasser le même match de football le lendemain.

2) Selon vous, quelle serait la différence entre la créativité d’un scénariste et celle d’un acteur ? Laquelle poserait un plus grand défi ?

Je pense que la première différence consiste en l’espace. Le scénariste est réduit en des pages format A4 sur lesquelles il se doit de créer un tout nouveau monde imaginaire : les habitants, les rues, les véhicules, la mode, l’amour… Et sur ce même espace, un personnage est censé de tout faire. Quant aux acteurs, après s’être bien imprégnés de ce monde sur ces pages A4, auxquelles ils ajoutent leurs propres émotions par une profonde interprétation de l’histoire, chacun adoptera une manière différente d’exécuter, dans un cadre « plus réel », mis en place par l’équipe de tournage.
Le scénariste a un travail extrêmement complexe dans la mesure où il doit être capable de façonner un monde tel qu’il le visualise dans sa tête, mais aussi de sorte que les autres puissent l’imaginer. Le travail de l’acteur n’est pas moins exigeant car il doit transmettre ce qu’il ou ce que le personnage de l’histoire ressent, aux spectateurs.

3) Quelle différence y a-t-il entre un bon et un mauvais acteur ?

Un bon acteur est quelqu’un qui prend de l’initiative dans les échanges et l’expression de manière la plus franche possible de ses sentiments personnels, lorsqu’il peut s’identifier au personnage ou au contraire, lorsqu’il se trouve aux antipodes de ce dernier. Il doit pouvoir s’harmoniser avec son personnage sans laisser son corps dominer l’âme du personnage.
Un acteur qui a des lacunes est quelqu’un qui écoute plus qu’il ne parle, qui hoche la tête avec résignation plus qu’il ne prend initiative. Son langage corporel n’est pas maîtrisé. Il effectue simplement les actions du personnage, sans les éprouver, comme s’il nous lisait un texte.

4) Que ressentez-vous lorsque le réalisateur adopte une vision différente de la vôtre lors de la réalisation d’un film ?

Honnêtement, je n’exige aucun réalisateur de faire un film tel que je le souhaite. Ce n’est pas pour les sous-estimer, mais plutôt parce je crois en cette expression : « Un artiste est un créateur, non pas un imitateur. »

Ngô Bích Hạnh - Productrice

1) Pourriez-vous décrire de manière brève votre métier ?

L’entreprise BHD est spécialisée dans la production audiovisuelle. Elle produit beaucoup d’émissions télévisées comme VN Idol, VN’s Got Talents, Masterchef VN, des séries télévisées (« Bỗng Dưng Muốn Khóc ») ou films cinémas : « Cô Dâu Đại Chiến », « Cánh Đồng Bất Tận »…

2) Quels sont les critères qui permettent de choisir les films d’après vous ?

Chaque entreprise a sa manière, ses propres objectifs. La nôtre a deux façons ; une qui répond aux demandes de masse, dont les thèmes sont plus accessibles à la majorité de la population. Les films de cette catégorie sont plutôt commerciaux, populaires : ils ont de l’humour, de beaux acteurs, se passent en ville. Et puis il y a des films que l’on sait rapporteront considérablement moins, mais dans lesquels on choisisse d’investir néanmoins. Ce sont des films plus artistiques, des films auteurs.
Mais il y a aussi des films artistiques dont les revenus du box office ne sont pas mal du tout, comme « Áo Luạ Hà Đông » produit par BHD, « Cánh Đồng Bất Tận », qui se passe dans un milieu rural, mettant en scènes des personnages pauvres. Ces films se révèlent plus réussis dans le marché de films à l’étranger qu’au VN.

3) Ces films artistiques sont-ils plutôt produits pour la réputation de l’entreprise ?

Ce n’est pas entièrement juste. Nous voulons que les réalisateurs puissent faire ce qu’ils veulent, au lieu de ce que les spectateurs veulent. Parce que les artistes ont souvent des caractères forts, voire extrêmes. Ainsi, nous devons équilibrer, en accordant aux artistes le droit de faire ce qu’ils veulent.
En effet, lorsque les entreprises investissent dans les films artistiques, ils gardent dans l’esprit qu’en dehors des projets de films que les réalisateurs acceptent pour gagner leur vie, il faut leur donner l’occasion d’en réaliser d’autres, pour lesquels ils se passionnent véritablement.

4) Selon vous, le talent des acteurs a-t-il une influence sur la manière dont l’entreprise opère ?

Les acteurs sont très importants, car ils sont la « scène » d’un film, les autres éléments ne représentent que les « coulisses », que l’on ne voit pas. Cependant, pour avoir des rôles marquants ou pour être bon acteur, l’ensemble de l’équipe doit également l’être. Vous pouvez observer qu’il existe des bons acteurs dans de mauvais films, et des acteurs moyens dans de meilleurs films.
L’industrie cinématographique repose sur la collectivité, contrairement à certains métiers comme celui du peintre.

5) Et son impact sur le marketing ?

Comme je l’ai dit, les acteurs sont la « face » du film, et dans la plupart des cas, les gens ne connaissent un film qu’à travers le nom des acteurs. Donc, plus ces derniers sont célèbres, plus la publicité sera facilitée. Cependant, ce n’est pas le cas partout. Par exemple, le film américain « Avatar », bien que très réussi, ne s’est pas appuyé sur la renommée de ses acteurs pour faire de la publicité. A cause d’un investissement important dans la réalisation des effets spéciaux, les producteurs sont contraints d’embaucher des acteurs moins connus. Donc suivant les genres de films, les producteurs considéreront si un investissement dans les acteurs reconnus ou dans d’autres domaines sera plus bénéfique.

6) Que pouvez-vous nous dire sur l’importance de la physiologie d’un acteur ?

Bien sûr que le public préfère les acteurs ayant un physique attrayant, mais les réalisateurs et producteurs, eux, recherchent davantage les acteurs qui incarneront les rôles les meilleurs. Si une histoire ne nécessite pas la présence de « beaux » personnages, les « beaux » acteurs risquent de compromettre l’essentiel du rôle. Des films vietnamiens tels que « Cô Dâu Đại Chiến », ou « Nụ Hôn Rực Rỡ », à but commercial, sont plus ancrés dans l’époque contemporaine, avec de « beaux » acteurs. Mais en fin de compte, tout dépend de l’objectif du film, car par exemple, un autre film commercial humoristique, Long Ruồi, ne place pas trop d’importance sur la physiologie des acteurs, car leurs défauts contribuent justement à l’humour. Certains films artistiques le fassent toujours afin de plaire aux yeux des spectateurs, mais l’apparence n’est certainement pas tout ce qui compte.

7) Dans quelle mesure avez-vous un droit sur choix des acteurs ?

Cela dépend des projets. Cette décision revient souvent au réalisateur, et c’est surtout vrai lorsqu’il s’agit des films artistiques. Mais s’il s’agit de l’autre catégorie, les films commerciaux, les choix des producteurs ont plus de poids.

8) Comment définiriez-vous un bon acteur et un acteur avec une carrière réussie ?

Les deux choses ne vont pas nécessairement ensemble. Beaucoup d’acteurs sont célèbres internationalement, et reçoivent des salaires très importants, pourtant, ne se voient jamais accordés une reconnaissance au travail. Prenons comme exemple Léonardo DiCaprio en tant que célébrité : Avec son renom, les gens trouveraient sa carrière très réussite, et le jugeraient bon acteur. Cependant, l’association professionnelle des Oscars ne le reconnaît toujours pas et ne lui a jamais décerné aucune récompense cinématographique. Mais dans cette industrie, il suffit d’être reconnu soit par le public, soit par les collègues. Rares sont les personnes qui accumulent les deux reconnaissances.

Alors, qu’est-ce qu’un bon acteur selon vous ?

Il faut que la personne se passionne pour son métier et qu’elle soit prête à se sacrifier. Par exemple dans le film « Les Misérables », le rôle de Fantine exige une coupe de cheveux courts. Certaines personnes n’accepteraient pas une telle coupe, car elles souhaitent préserver leur image, ou ne supportent pas une apparence qui ne leur plaît point, etc… Certaines actrices travaillent peut-être pour des agences de mannequins, et par conséquent ne se dévoueront pas entièrement. Et je n’emploierai pas le terme « bon » mais plutôt « différent avec une meilleure chance de réussir », car rien n’est accordé gratuitement.

9) Quels types d’acteurs sont plus susceptibles d’être sélectionnés pour un film ?

Comme mentionné auparavant, les acteurs qui correspondent le mieux aux rôles, et qui nous permettent d’assouvir les besoins du publics sont préférés. Un autre critère, c’est qu’ils doivent se montrer professionnels, c’est-à-dire être ponctuels, être sérieux.

10) Dans ce cas, pourquoi des acteurs non professionnels figurent-ils dans beaucoup de films, malgré leur attitude ? Marilyn Monroe par exemple était souvent en retard, oubliait les paroles…

La raison est parce que les producteurs sont obligés de faire un compromis lorsqu’il s’agit de plaire au public. Marilyn Monroe ne peut pas être considérée comme une bonne actrice. Elle est célèbre principalement due au fait qu’elle était un symbole féminin, une sex-symbol. Les acteurs ont pleins de caprices, mais les plus professionnels sont ceux qui tiendront jusqu’au bout. Pour avoir les privilèges comme Marylin Monroe, il faut déjà acquérir une certaine réputation dans sa carrière. Ceci dit, elle peut travailler très sérieusement avec les bons réalisateurs.

11) Comment les petits studios indépendants arrivent-ils à s’affirmer face aux grandes entreprises de production de films ?

En fait, je ne pense pas que la taille d’une entreprise importe. Par contre, ce qui importe est l’idée.
Il est évident que les grandes entreprises ont plus de facilité à diffuser un film, ayant un certain crédit auprès des cinémas. Mais un excellent produit, que ce soit d’une grande ou petite entreprise, peut être autant promu, tant que les cinéastes savent motiver les bonnes personnes qui leur soutiendront.

12) Conseils pour jeunes cinéastes au LFAY LFAY Lycée Français Alexandre Yersin  ?

Je pense que l’industrie de la cinématographie au VN est relativement nouvelle par rapport à d’autre pays plus développés. C’est pourquoi, je conseille aux jeunes de tirer avantage des nombreuses opportunités ici. En plus de cela, ils ne doivent pas oublier que derrière l’apparence glamour du cinéma, le métier, comme tout autre métier, demande un travail laborieux. Si les jeunes, non seulement possèdent du talent, mais en plus font preuve de dévouement et sont capables de tout donner, le fruit de leur travail se multipliera.

13) Quel(s) comportement(s) chez les acteurs vous irrite(nt) le plus ?

Les acteurs de notre entreprise n’oublient jamais leurs paroles. Oublier ses paroles, c’est l’équivalent de ne pas avoir une réelle passion pour son métier, car si l’on aspire à devenir bon acteur, on travaille méticuleusement son personnage, on essaye de l’incarner, de sorte qu’il est presque impossible d’oublier les paroles. Il y a des studios qui enregistrent les sons après le tournage, tandis que BHD ne fait que des prises de sons directes. Il faut également savoir que la cinématographie est un lieu offrant plein de libertés mais aussi extrêmement discipliné. Imaginez une équipe de tournage, qui comprend en moyenne 80 à 100 personnes, et que l’acteur vienne en retard par exemple. Ces 80 à 100 personnes, qui se mettront à attendre, se retrouveront très irritées, ce qui rend le travail collectif dur. La mentalité de gens fait que les artistes de maquillage vont se hâter pour ne pas retarder davantage, les stylistes aussi, même les caméramans penseront à rater les prises de vue de cet acteur tellement ils sont exaspérés ! (rire) Donc je reprends l’idée qui dit que l’acteur tout seul ne suffit pas. Il dépend des autres, et c’est en étant sérieux dans son travail qu’il acquerra un soutien de la part de son entourage. A vrai dire, les acteurs ont tendance à « flatter » tout le monde. J’exagère un peu, mais ils sont honnêtement aimables et agréables. C’est le cas partout même chez les actrices très connues comme Tăng Thanh Hà. Elle est très aimable, ponctuelle, sympathique avec tous, donc tous les autres en retour font de même.

14) Et les acteurs qui ne sont pas professionnels ?

Honnêtement, l’industrie cinématographique au VN n’est pas tellement développée, ce qui signifie qu’il n’y a pas un si grand nombre d’acteurs et de postes vacantes. Les États-Unis produisent environ 4000 films par an, alors que le VN n’en produit à peine une vingtaine. Donc ceux qui se comportent mal et qui ne coopèrent pas, seront vite écartés.

Marianne Séguin - Comédienne

1) Comment devient-on acteur ? Quelles écoles ?

  • Voie magistrale : Le TNS (Strasbourg), ENSATT, SSNAD à Paris. Avant d’entrer dans ces grandes écoles de théâtre, certains entrent dans des écoles privées afin de préparer un concours. D’autres s’inscrivent aux cours Florent et passent des auditions. Les meilleurs sont retenus comme partout. Ainsi, sur 3000 entrées, il n’y a que 300 diplômés. Sur ces 300 diplômes, 30 à 50 personnes vivent du métier, qu’il soit acteur, metteur en scène ou même régisseur.
  • Conservatoire d’arrondissement : Comme en musique, les étudiants passent une audition, puis un concours avant d’entrer dans les grandes écoles, très sélectives.

2) Pouvez-vous comparer le métier d’acteur il y a 20 ans et celui d’aujourd’hui ? Existe-t-il une importante différence ?

Il est difficile d’émettre une comparaison car il y a encore 20 ans, je n’exerçais pas encore le métier.
Pour autant, je peux tout de même remarquer qu’il y a une grande évolution de l’écriture, notamment depuis l’apparition du théâtre contemporain. De plus, le nombre d’acteurs augmente considérablement chaque année, ce qui rend difficile d’exercer le métier. L’accès est très sélectif, en passant par l’étape du casting jusqu’à la pile innombrable de courriers. Il y a encore 20 ans, on pouvait frapper aux portes, sans barrage. Le festival d’Avignon illustre très bien ce fait : chaque année, il y a 7% de spectacle en plus alors que le public présent lors de ce festival diminue relativement.

3) Quelles sont les qualités d’un acteur ?

« Un bon acteur c’est comme un bon footballeur » : il doit travailler en équipe, être solidaire mais la qualité qui démarque est tout de même la singularité, le fait d’avoir une identité, sans avoir peur d’être différent, car cette différence peut devenir une force. Un bon acteur doit être également un bosseur, car la talent reste insuffisant. Il doit savoir le développer tout comme sa sensibilité et sa culture générale. Enfin, l’acteur se doit d’être dans de bonnes conditions physiques afin de jouer sur scène.

4) Pensez-vous qu’il existe de très mauvais acteurs ?

« Oui, comme il y a de très mauvais charpentier ». Je prends l’exemple de « Plus-belle-la-vie », une série que je ne trouve pas personnellement de qualité. Il est possible que les acteurs soient bons, alors que la direction et l’équipe de montage sont eux mauvais, ce qui rend les acteurs aussi mauvais. Il ne faut pas se fier qu’au travail de l’acteur, car il est tout le temps en travail d’équipe. De plus, on peut être mauvais un soir et généralement bon.

5) Le physique n’est-il très important de nos jours ?
Le physique est très important de nos jours, pas forcément celui esthétique mais plutôt le physique atypique. Éthiquement, il ne devrait pas, mais il faut que la majorité des sélections aujourd’hui commence par le physique car avant même de passer devant un jury, des photos sont déjà demandées lors de l’envoi du dossier afin que les directeur de casting émettent leurs choix.

6) Pourriez-vous me citer un acteur que vous trouvez personnellement bon ? Et pourquoi ?

  • Albert Dupontel. Il possède un « truc atypique », une singularité extraordinaire. Il s’adapte à tous mais on le retrouve toujours chez lui notamment car il écrit pour lui-même et on retrouve son discours. De plus, il sait jouer avec les émotions, et il est éthique, juste et moral. Pour plus d’informations : visionner sa vidéo sur YouTube : « Le BAC »
  • Johny Depp. En le regardant, on peut oublier son nom tellement il nous surprend, tellement il s’adapte à tous les personnages qu’il interprète.
Phạm Nhuệ Giang - Réalisatrice

1) Choisissez-vous les acteurs de renommée ou créez-vous des opportunités pour les débutants de l’industrie ?

Cela dépend des rôles. Si un personnage a 50 ans dans le film, il est évidemment nécessaire de choisir des acteurs/actrices qui ont de l’expérience. Les rôles principaux doivent souvent être joués par des acteurs connus, plus mûrs. En revanche, si on a besoin d’acteurs de 18-19 ans, qui sont très jeunes, j’ai deux manières de choisir : la première consiste à aller chercher dans les écoles de cinéma, ou toutes les institutions de formation à la cinématographie afin de pouvoir trouver quelqu’un d’adéquat pour le rôle. Par contre, si je n’y arrive pas, je me rends souvent chez les lycées de musique ou de danse. Mais dans ce cas, c’est que je tombe véritablement dans une situation désespérée.
Tout d’abord, la sélection est basée sur la concordance, la conformité entre l’acteur et le personnage. Cette conformité sera recherchée en premier lieu dans tous les endroits du domaine artistique, puis au sein même du public. Quand j’étais assistante réalisatrice adjointe, j’ai dû choisir deux étudiantes à l’université qui n’ont jamais suivi des cours de formation d’acteur. Donc le plus important est d’évaluer leur adéquation avec le rôle.

2) Qu’entendez-vous par « conformité » ?

D’abord, il y a conformité de l’apparence physique, c’est-à-dire qu’en voyant le visage de l’acteur, les spectateurs doivent être capable de deviner le tempérament, le caractère du personnage qu’il joue. Par exemple un visage obstiné, ou un visage doux et tendre… Il est fondamental que de l’acteur émane immédiatement la nature du personnage.

3) Au cours d’une interview à propos de la série télévisée : « Trò Đời » dont vous avez été la réalisatrice, vous avez déclaré être le plus satisfaite avec le jeu de l’actrice Minh Hằng. Pourquoi ?

Je suis très satisfaite avec Minh Hằng car le personnage qu’elle doit jouer, Phó Đoan, est très concupiscente. Cependant, si cette concupiscence est dénuée de toute innocence, ce sera trop sec.
Un protagoniste sensuel se différencie d’un antagoniste sensuel par son charme. Il est naturel que Minh Hằng exagère cette particularité afin qu’elle soit bien visible, sinon elle ne pourrait pas évoquer le caractère antagoniste du personnage. L’actrice ne doit pas se montrer trop discrète ou sophistiquée, le personnage n’étant que moyennement cultivé. Phó Đoan séduit les hommes avec son corps. On a donc besoin de quelqu’un qui pourrait traduire cela perceptiblement. Néanmoins, si Hằng le représente excessivement, l’acte paraîtra diffamatoire, offensive et ridicule. Minh Hằng peut rendre ce que l’on pense être grotesque subtile. Toutes les actions, comme aider une personne à ôter son haut, s’assoir trop près d’une autre personne, se rapprocher d’un homme pour lui révéler sa poitrine… elle parvient à exprimer la flatterie pour les hommes très délicatement.
Un acteur doit trouver une grâce venant de lui-même. Lors d’une scène de funérailles, le personnage de Minh Hằng doit pleurer, l’actrice réussit à susciter tout de même le rire chez le public. Tous ces petits détails couvrent l’antagonisme du personnage. Cette mission se révèlera très difficile pour ceux qui ne trouvent pas un moyen de livrer un jeu délicat et sophistiqué. Ce film est en même temps une comédie et une tragédie. L’humour ne se manifeste pas explicitement, mais à travers les différentes situations tragiques, d’une manière naturelle. Il n’est pas nécessaire aux acteurs de faire des grimaces pour faire rire le spectateur. C’est pourquoi je trouve que Minh Hằng est intéressante, car son charme s’accorde avec le personnage de Phó Đoan, chose que l’on ne retrouve pas chez toutes les actrices.

4) Donc cette subtilité serait-elle une particularité que seuls les bons acteurs détiennent ?

Oui, ils ont un esprit analytique. Pour la même situation, ils ont une profondeur d’esprit, qui, lorsqu’elle s’exprime, est très diversifiée, ce qui permet de rendre un personnage d’autant plus intéressant. Profondeur et diversification sont les deux critères demandés chez un bon acteur, car il existe des acteurs d’un niveau plutôt médiocre, dont le jeu n’est ni brillant, ni mauvais. Ces derniers ne suscitent jamais ni trop de compassion, ni trop de haine… Les bons acteurs quant à eux exploitent la dimension profonde du personnage, pour faire ressortir sa personnalité, à travers leur gestes, leur regard, leur ton,… Tout dépend de l’étendue de leur compréhension du personnage.
Être un bon acteur ne se réduit pas uniquement à bien savoir imiter ; à pleurer lorsque l’on lui demande de pleurer, puis rire quand l’on lui demande de rire. L’important n’est pas tellement leur réflexe mais leur cerveau. Il saisit l’essentiel du personnage qu’il faut représenter à travers leurs comportements, et non pas par les dialogues. Les acteurs étrangers ont tendance à être meilleurs que nos acteurs dans ce domaine. Ils peuvent s’adapter à des rôles très divers (d’un personnage noble à un voleur), et qui sont très contradictoires en réalité. Ils deviennent complètement différents, même si c’est toujours le même visage, le même corps. Par exemple dans le film « Papillon », le bagnard Degas s’est fait emprisonné pour une affaire de faux-monnayage, qui pouvait même provoquer une inflation dans le pays tellement il était habile. Ces gens-là interprètent leur rôle si parfaitement que personne ne voyait l’acteur de la vie réelle, mais plutôt songeait au personnage dans le film. Tout cela pour prouver qu’un bon acteur transforme profondément des personnages très variés.

5) Avez-vous déjà travaillé avec votre mari, le réalisateur Nguyễn Thanh Vân (NTV) sur un même film ?

Nous en avons fait tellement ensemble. Tout au long du chemin, le succès d’une œuvre de l’un ne serait pas sans la contribution de l’autre. Presque tous mes films ont été effectués avec son aide. Il joue soit le rôle de mon co-directeur, soit celui de producteur.

6) Comment vous décidez-vous de la fonction de chacun ?

Le rôle le plus important revient à celui qui a mis en place le projet, évidemment. Par exemple, si j’ai écris un scénario, et que je l’ai corrigé et travaillé, pourquoi NTV obtiendrait-il le poste principal dans la réalisation du film ? Il en va de même pour ses projets à lui.

7) Avez-vous réalisé des films indépendants ?

Bien sûr ! J’ai deux films pour lesquels j’ai fini le scénario et j’ai demandé de l’argent pour produire : « Tâm hồn mẹ » et « Lạc lối ». J’ai trouve tous mes investissements pour « Lạc lối » a l’étranger. J’ai donc du faire un dossier de demande qui a été validé. Pour « Tâm hồn mẹ », 50% vient de l’étranger, 50% vient du gouvernement vietnamien. On doit avoir cet argent pour commencer la production d’un film.

8) Pourquoi choisir les films indépendants ?

Il s’agit plutôt d’un dernier recours, lorsque l’on n’arrive pas à trouver une société prête à sponsoriser le projet. Par exemple, j’ai envoyé un scénario au studio Galaxy, une fois : Ils m’ont tout de suite répondu qu’ils n’acceptent pas les films artistiques. Ils se sont montrés beaucoup plus intéressés par les films commerciaux qui leur rapportent de l’argent. Même s’ils considèrent le scénario d’un film artistique spectaculaire, ils ne le mettront jamais en production. Ils travaillent dans le domaine cinématographique non pas pour satisfaire leur passion pour la cinématographie, mais pour la fortune qu’ils y remportent, et donc n’investissent pas assez d’argent dans des risques potentiels. Parfois le gouvernement refuse d’investir puisqu’il prétend que le film ne correspond pas aux « critères du parti gouvernant ». Il ne reste plus qu’à envoyer son scénario a l’étranger pour trouver des investisseurs, car on doit avoir de l’argent pour faire un film, sinon, le projet reste à jamais dans un tiroir.

9) Le public vietnamien privilégie-t-il les films artistiques ?
Très peu. Si vous suivez le cinéma vietnamien, vous constaterez qu’il sort maintenant beaucoup de films comiques – et pas un seul film artistique en vue. Les films artistiques sont en manque de fonds.
Ces fonds sont réservés aux films « Cúng cụ » qui célèbrent les fêtes nationales, les grandes cérémonies du pays…et ainsi, il n’y a presque aucun film artistique dans ces récentes années. Les réalisateurs qui souhaitent faire des films de ce genre doivent avoir beaucoup de courage, de confiance dans leur travail, car ils se rendront tôt ou tard compte qu’ils ne peuvent avoir confiance en personne, qu’il faut avancer par soi-même.
Ensuite on dépense de l’argent pour traduire le scénario en Anglais, il faut faire des dossiers pour le sponsoring à l’étranger,… Après toutes ces procédures, soit ils acceptent et on peut continuer, soit ils rejettent l’idée.
Il se passe la même chose partout dans le monde. Les producteurs voient une possibilité d’enrichissement dans les films commerciaux. Donc au Vietnam, on ne retrouve que des films « Teen », insouciants, comiques, même grossiers pour plaire au public.
Selon moi, l’éducation que donne le Vietnam sur les arts est déjà assez mauvaise, et celle sur la société encore pire. La majorité des visiteurs de cinéma n’ont pas encore confiance dans le cinéma vietnamien, ou bien ne prend aucune initiative pour aider le cinéma vietnamien à évoluer pour le meilleur. Je pense que notre société regarde rarement les films, et donc n’ont pas conscience des bons et mauvais points d’une œuvre non plus. Ils ne savent pas apprécier les arts. Ce qui veut dire que cela leur est égal de regarder ou non. Pourtant, il faut comprendre que le cinéma a aussi une visée instructive, et ne constitue pas seulement un divertissement. Si les vietnamiens continuent à regarder des films où la qualité reste à désirer… Je suis persuadée qu’il existe des personnes qui réclament des films avec plus de profondeur, qui ne vont pas au cinéma juste pour rire bêtement avec leurs camarades. Parfois, nous ressentons un besoin de réfléchir sur le sens de la vie, de réfléchir sur des problèmes que posent les films. Je pense que les films artistiques vietnamiens peuvent se glisser dans des projections de la Cinémathèque, par exemple, côte à côte avec les films artistiques étrangers. Mais ce domaine reste dur, et même lorsque l’on envoie à l’étranger, notre scénario est en compétition avec des centaines d’autres, venus de tous les coins du monde. La probabilité d’être choisi est très faible.
C’est de plus en plus décourageant. Souvent, notre scénario fini se fait refuser par tous et il est difficile pour nous d’être reconnus et de gagner des prix. Et même en gagnant un prix, le public que le film attire reste limité. Récemment, un film de guerre a gagné le prix du « Bông Sen Vàng ».
L’œuvre demeure assez accessible, et l’histoire n’est pas si mal. Mais même si la presse a bien fait remarquer le prix qu’il a remporté, cela n’a pas suffit pour attirer les spectateurs. Je pense que Mme Hạnh (voir interview ci-dessus) a raison : les Vietnamiens veulent voir des acteurs au physique parfait… Mais si l’on continue à gâter le public Vietnamien avec les films commerciaux, ils ne connaîtront rien sur les films artistiques. Lors de mes voyages à l’étranger, je rencontre souvent des queues d’adolescents qui attendent pour acheter des tickets de films très paisibles et sereins nous induisant à nous poser des questions. Ils ne sont pas la pour l’adrénaline que provoquent les scènes de combats violents, ou pour le fou rire que provoquent les farces. Ils regardent pour la technique de direction, pour les réflexions sur le sens du film. C’est ainsi que l’on ouvre davantage notre esprit.

Interview des élèves s’orientant vers les études de cinématographies – Nguyen Phan Linh Dan & San Yvin

1) Cite nous un de tes acteurs préférés.

Linh Dan : Morgan Freeman. Personnellement, je trouve que c’est un bon acteur car il joue avec le langage corporel et l’expression du visage et avec la voix aussi. Et Morgan Freeman a une voix particulière.

San  : Mon acteur préféré est de loin Johnny Depp. Cet acteur « caméléon » est capable de s’immiscer dans n’importe quel personnage, aussi divers que surprenant. Il a une aisance, un naturel impressionnant, il est toujours crédible. Là est le secret d’un véritable comédien tel que lui ! Il se renouvelle en permanence et est souvent méconnaissable.

2) Quel comportement chez les acteurs te plaît le plus ? Et celui qui t’irrite le plus ?

LD : Quand je fais un film, un acteur doit être professionnel et doit écouter mes ordres. Qu’il soit dédié, qu’il n’ait pas peur de jouer le rôle, même si ça le rend un peu idiot.
Ce qui m’irrite, c’est le contraire. Par exemple, dans une scène où il doit pleurer, il a peur que ça le rend moche et ne joue donc pas cette scène totalement.
S  : J’aime lorsqu’un acteur incarne bien son personnage, il faut qu’il soit crédible. Il faut ni qu’il « en fasse trop » et ni pas assez. Lorsqu’un acteur est « mauvais » aux yeux de son publique, c’est, d’après moi parce qu’il exagère trop les sentiments voulus d’un personnage. C’est une question de motivation :
si l’acteur veut vraiment convaincre son spectateur, il doit divertir et transformer son spectateur, car son but est de faire croire. Si l’acteur parvient à nous faire oublier qu’il est acteur, en interprétant son personnage à sa manière, il a rempli ses objectifs.

3) Puisque la musique confère des effets et des émotions à un film, penses-tu qu’un film sans musique serait plus réaliste ?

LD  : Je n’aime pas le mot réaliste pour un film. Personnellement ce n’est pas ce que je recherche quand j’en fais un. Ce qui fait que le spectateur entre vraiment dans le film c’est que ce dernier soit crédible, et donc un film sans musique peut montrer la réalité. Mais pour moi c’est plus crédible avec de la musique.

S  : Cela dépend de ce que nous définissons « un film réaliste ». Si on parle du « réel » il s’agirait d’un documentaire mais pas d’un film de fiction car il y a toujours un point de vue et le film devient subjectif.
Si on ajoute de la musique, on mettrait en valeur une émotion ou une autre et le film sera subjectif et pas « réel ». Mais ici, je suppose que nous parlions d’un film « réel » en tant que film « super convainquant », donc personnellement, je pense qu’un film sans musique deviendrait très lent et ennuyeux. (La prochaine fois que vous regarderez un film, bouchez vous oreilles, vous verrez comment c’est lent.) La musique non seulement donne au film un aspect plus dynamique mais aussi renforce des sentiments de tristesse, de joie, de suspense, etc.… et donc rend le film (mille fois) plus réel.

4) Lors du montage, vous avez certainement eu des moments où vous trouvez que la musique s’accorde superbement avec les images, parce qu’elle crée l’émotion parfaite que vous recherchez.
(Par exemple, pour une scène héroïque, vous avez insérer la parfaite mélodie avec un rythme qui correspond bien à l’action.) Quelles émotions particulières avez-vous alors éprouvé ? Pourriez-vous nous décrire brièvement l’importance du son dans le film ?

LD  : Le truc bien dans un film c’est de guider les émotions du spectateur. Et la musique est le meilleur moyen pour cela.

S  : Les sentiments que j’ai déjà « travaillé » dans le peu de films que j’ai réalisés (un court métrage, une vidéo musicale, et quatre autres vidéos) sont la joie, la confusion, la tristesse, la déception.

5) Seriez-vous capable de produire un bon résultat sans logiciel d’édition ?

LD  : Personnellement, je n’aime pas trop utiliser l’ordinateur, utiliser la technologie. Bien sûr, ça me permet de faire beaucoup de choses, mais je peux m’en passer. Je suis capable de faire quelque chose de touchant et très fort sans utiliser de logiciel.

S  : Pour moi, faire un bon film sans outil d’édition me semble presque impossible. Faire un film en « one take » avec le jeu parfait des acteurs, sans faute est extrêmement difficile car, en générale, un long métrage ne se passe pas en un seul endroit, et il n’y a pas qu’un seul acteur. La caméra devra donc suivre toute l’action en suivant tous les acteurs etc. S’il faut faire un film sans logiciel d’édition, c’est àdire qu’il n’y aura plus de montage puisqu’il n’y a plus de coupage et de découpage de clip à faire, la caméra ne bougera pas, il y aura un nombre très restreint d’acteurs et le lieu sera unique. Dans ce cas, cela sera l’équivalent de filmer une pièce de théâtre.