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Support photographique et testament d’Alté

Bien que n’apparaissant que durant la première scène, la mort d’Alté est l’évènement qui déclenche la suite de péripéties rocambolesques et burlesques de la pièce. il s’agit là de l’unique scène dans laquelle le rationnel semble détenir sa place. Fatiguée, mourante, la vieille Alté Bobitshek jette un regard désespéré sur la vie qu’elle a menée. Seulement, et bien que ce soit évident c’est là l’intérêt de ce testament, elle voit à travers son regard, son état d’esprit et sa manière de penser. Notre intention est donc de développer les traits de ce personnage qui ne se livre que très peu durant la pièce.
Incroyablement confiante dans son idée qu’elle vécut telle une sainte, Alté s’autorise tous les compliments du monde sur sa personne, révélant ainsi une sorte d’orgueil et de fierté personnelle. Cette haute estime de soi s’accompagne d’une valorisation démesurée des biens qu’elle possède. Elle demeure néanmoins prisonnière de son rôle de femme au foyer en accordant une importance presque maniaque aux détails de son foyer. Dans son testament, elle livre méticuleusement tout à son fils Latshek et rien ne reste pour les autres membres de sa famille. Ce même fils qu’elle rabaisse à chaque occasion, inapte, selon elle, à un quelconque succès. Sous ses traits bienveillants se cache un personnage finalement assez hypocrite, qui voit en ses proches que des sujets qui pourraient la féliciter ou l’admirer. C’est pour nous la face cachée d’Alté, celle que ne nous montre pas la pièce en elle-même, celle qu’Alté ne tiens pas non plus à montrer.

Sur la photo ci-dessus on perçoit le fils Latshek, tête baissé, attristé par la mort de sa mère. Le choix de sa position : dos à la caméra, révèle la volonté de mettre exclusivement en avant, le personnage d’Alté.
Elle, de son côte, se trouve allongé les bras replié : elle est prête et n’attend plus que sa mort. Cependant, le regard perçant de la condamnée cache ses intentions vicieuses. Alté va en effet, malgré elle, être à la source de tout ce chaos familial et de cette fuite interminable.

Mon humble personne n’est plus.

J’écris de ma dernière plume ces mots qui vous sont adressés, mes chers, ma famille. Mon âme épuisée par la dureté de la vie ne semble plus supporter le poids de mon coeur qui se déverse d’un amour si pur sur vous tous. Fille pure, femme généreuse, mère protectrice, personne ne peut savoir ce que mes yeux ont vus, mes lèvres disent, et mes mains prient. Personne. Je ne vanterais nullement les mérites de mon existence si je ne voyais déjà les auréoles de l’au-delà me sourire avec la même bienveillance que celle avec laquelle j’ai vécu sur cette terre. A présent, les trésors que j’ai amassés reviennent à mon fils, mon bien aimé, mon Latshek. Je cite ici mes biens : appartement du 5e avec vue du balcon sur le saule pleureur équipé d’une toute nouvelle cuisine -la garantie de 6 mois est dans ma boîte à bigoudis- et nouvelle tuyauterie de la salle de bain de la chambre au fond du couloir, 473.75euros sous le lit de la petite chambre dont 23 que me doit la petite vieille au 3e -Dieu seul sait si elle respire encore- , 200 g de café de Chine et la peinture au-dessus du canapé en mousse -authentique copie de La guinguette de Van Gogh. Je voue à mon fils l’intégralité de mes possessions en espérant le consoler de la perte que je représente à présent. Lui, mon fils, il a essayé de voler, je lui les ai polies, ses ailes, hélas certains ne sont simplement pas forgés pour réussir. Je peux vous dire qu’il a été aimé par sa mère qui le surveille et lui dédie ses pensées chaque jour de sa vie à venir.
Je suis heureuse de savoir qu’à mon enterrement vous assisterez tous. Tête baissée, chapeau en main et lunettes noires aux yeux, ne pleurez guère,je ne regrette rien… Evidemment nous avons eu des différents, vous tous et moi. Je ne me demande pas néanmoins que l’on s’apitoie sur mon sort. J’aurais néanmoins souhaité avoir eu le courage d’aller vous pardonner tous, un à un, de mes lèvres ridées. Vous me pardonnerez, je le sais, hélas même la raison me lâche eh oui.. c’est qu’on me l’a demandé si j’avais encore toute ma tête, si j’étais ou non en pleine possession de mes facultés mentales lors de la rédaction du testament. A vrai dire, j’ai lâché une larme, tout me filait des mains, je perdais un souvenir pour chaque seconde qui s’écoulait.

Atika BOKARI, Maxime CLAUDEL, Sophie TABET et Léocadie MARTIN