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Les états d’âme de Vélvétsia

Effectué par MINH VIGAN Célia et LEJEUNE Valentine

Velvétsia est le personnage le plus discret de la pièce. Elle ne semble penser à rien d’autre qu’à son amour avec son fiancé Popotshenko. Nous avons trouvé intéressant de lui donner un caractère totalement contradictoire avec l’image qu’elle se donne au cours de la pièce. Nous ne connaissons pas du tout le contexte de sa rencontre avec Poposhenko, ni les relations qu’elle entretient avec des personnages extérieurs au cocon familial, c’est pourquoi les possibilités de personnalité étaient infinies. Ce n’est donc que par simple préférence que nous avons choisi cette façon de la représenter. En effet, le comique et la polémique sont des registres que nous apprécions tout particulièrement, aussi bien pour l’écriture que pour le jeu.

Vélvétsia devient ainsi une jeune femme en manque de liberté et fatiguée de devoir supporter sa famille. Être tombée amoureuse représentait sa seule véritable décision jusqu’à ce que sa mère intervienne avec la question du mariage. Le décès de sa grand-tante aurait permis une échappatoire possible, cependant le caractère déterminé de sa mère fit qu’elle n’eut pas le choix. Ainsi, durant toute la pièce, elle cherche à ne pas attirer l’attention afin d’avoir le moins de contact possible avec sa famille. Elle reste avec son époux, qui bien qu’il l’agace, reste le seul qu’elle supporte. Après le mariage, nous avons imaginé qu’elle se confie enfin aux spectateurs, d’où une montée de colère aussi rapide. En effet, son contexte familial justifie son épuisement. Nous avons donc décidé, dans le cadre d’un monologue, de lui donner la parole à propos de son ressenti concernant : sa famille, son mariage et les évènements passés récents.

« Voilà, c’est fait, je viens de me marier. Ce fut une des plus belles journées de ma vie… Non, je déconne. Honnêtement, comment peuvent-ils croire que le mariage est le seul moyen de prouver son amour à quelqu’un ?
Bon, je vous fais le topo : après avoir rencontré et fréquenté Popotshenko pendant quelques semaines, en secret, naturellement, il n’a pas tardé à vouloir me présenter sa chère et tendre mère dans un rendez-vous « convivial » entre nos deux familles. Et vous voyez comment ça s’est terminé… Je n’ai même pas eu le temps de donner mon avis ou d’y songer que ma mère avait déjà tout organisé pour notre union. Je me disais alors que le point positif dans tout ça, était qu’au moins je l’aimais et qu’en me mariant avec lui, je pourrais m’évader de ma famille, de trouver enfin une certaine liberté.
Mais aujourd’hui, je me la mets où je pense ma liberté. Je me suis rendu compte bien trop tard que mon fiancé était une sorte de fils à sa maman ne sachant rien faire par lui-même. On peut comprendre quand on sait que sa mère est encore plus protectrice que la mienne. Malgré tout, je l’aime, bien que je sois obligée de jouer le rôle d’assistante sociale. On me prend souvent pour la jeune fille sans avis, celle qui se fait toute petite, discrète, insignifiante dont seul l’amour donne un sens à son existence. Mais croyez-moi que des avis, j’en ai, et un paquet. Mais malgré tout je n’exprime pas mes opinions, car de toute manière, dans une famille comme la mienne, elles ne sont pas écoutées. Mais tiens, parlons-en de ma famille.

Ma grand-tante, son décès n’a pas été pour moi une grande perte, au final, je ne la connaissais pas tant que ça. J’imagine qu’elle était une femme très exigeante et déterminée au point d’en devenir manipulatrice et hypocrite, tout comme l’ensemble des femmes qui composent ma famille avec ma mère et maintenant ma belle-maman qui, comme une pure coïncidence, bien qu’elle ne soit pas du même sang, a un caractère semblable, autrement dit, de merde. Rendre la vie impossible à leurs époux et étouffer leurs enfants semble être une nécessité morale pour leur bien-être. Nous constituons ce que l’on pourrait appeler le royaume des opprimés. Ma belle-mère et son exécrable caractère marquent ce qui fait d’elle une perpétuelle insatisfaite dont ma famille provoque chez elle un profond dégout. Remarque, au moins nous avons cela en commun !

Ma mère, qu’on le croie ou non, est une femme que l’on pourrait qualifier de « féroce » et de très égoïste. Si ces intérêts sont mis en danger, elle est prête à tout pour anéantir les obstacles, quoi qu’il en coûte. Vous croyiez que son obstination pour mon mariage était une preuve d’amour pour moi ? Pff, vous êtes tellement loin du compte ! Ce mariage représentait le mariage de ses rêves pour compenser celui qu’elle avait eu avec mon père. On aurait pu croire qu’il s’agissait de sa cérémonie au lieu de la mienne. De plus, dans les familles comme la mienne, marier son enfant est une marque de réussite, de fierté. Ce mariage représentait tout pour elle.

Et maintenant que ce moment est fini et vu comment la cérémonie fut étonnamment composée de plus d’imprévus que de poulets rôtis, que va-t-elle bien pouvoir faire de sa vie ? Elle aurait pu raconter ces anecdotes à propos de ce ‘merveilleux mariage qui se serait passé dans les ‘meilleures conditions possibles’, cela m’aurait fait gagner quelques mois de tranquillité. Mais non, même le bon dieu semble être contre moi. Elle pourra cependant raconter cette formidable épopée que nous avons vécue à se geler les miches au sommet de L’Himalaya juste avant le jour du mariage. Et deviner le pire dans tout ça : il n’y avait pas un chat. Évidemment, en Hiver, qui pourrait bien se trouver sur une montagne ? Et bien vous devinerai jamais : un fruit. On a rencontré mandarine. Oui oui, un moine. Mais j’y pense... Comment on a bien pu se trouver au sommet de l’Himalaya bordel !?

Mon père, tout comme celui de mon fiancé n’ont pas eu leur mot à dire sur la question. Ils ont si peu de jugeote. Quels hommes auraient pu se marier avec des femmes pareilles si ce n’était pas dû à une débilité profonde. Mon beau-père est mort et il a fallu une journée pour s’en rendre compte si bien que je ne sais même pas si mon mari est au courant. Remarque ce n’est pas si mal. À part parler d’un allemand allant dans un restaurant chinois, son vocabulaire se limiter des postérieurs. Et le pire dans tout ça c’est que toute ma famille fait pareil ! Mon père, est un cireur de pompes. Oui effectivement à plein temps, avec sa propre bave, à lécher les bottes de ma mère au quotidien et de façon non rémunérée ! D’ailleurs, où est-il passé ?

Toute ma vie, je n’eus pas le droit à mes propres expériences issues uniquement de ma volonté, de ma propre liberté. Mon mari, fut mon unique opportunité d’exprimer en outre que je pouvais avoir un avis en ce qui concerne ma vie. Il est ma couverture. Je n’ai qu’à paraître intensément amoureuse pour éviter les problèmes même si, il est vrai, que j’aimerais parfois libérer cette colère en moi. Il est ma stabilité, mon socle sur lequel tenir en cas de séisme familial.

Je critique, mais malgré tout cela, je sais que je ne pourrai être là, où j’en suis, sans eux. Ils m’ont permis de me définir et de rencontrer celui avec qui je partage aujourd’hui officiellement ma vie. Je les aime éperdument et rien ne me ferait plus de mal que de devoir un jour les perdre. Ah ! Je vous ai bien eu. Mais qu’ils crèvent tous, et même là je suis certaine qu’ils trouveront tout de même un moyen de me pourrir l’ existence. Je n’en peux plus d’être contrôlée et de vivre dans une famille de tarés, j’en ai assez d’être prise pour une enfant.. »