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La mort de Baragontsélé

un travail d’écriture et de photographie par DANG Mai Chi, YVIN San Alexandre, TRAN Hong Hai, LUTTER Elia

par YVIN San Alexandre

Après un long jogging au bord de la plage en compagnie de Shratzia, Rosenzweig et de Lichstenstein ; Baragontsélé, ne pouvant pas suivre les autres se retrouve épuisé, déserté par son entourage. Il se retrouve face à face au faucheur d’êtres.

  • Qui êtes-vous ?
  • Angel Samuelov. L’ange de la mort. Je suis venu prendre ton âme.
  • Silence. Mais mon fils se marie aujourd’hui.
  • Nous cueillons les gens dans les mariages, au cinéma, aux toilettes, dans le bain, en train de baiser et même au milieu des infos à la télé.

Certains disent qu’avant juste de mourir, des séquences de votre vie se défilent devant vos yeux comme une pellicule qui tourne trop vite. D’autres clament que la mort est une lumière blanche au bout d’un tunnel. Les optimistes pensent que cette fin n’est que le début d’une grande aventure, tandis que les pessimistes font preuve du contraire, du grand vide. L’ange Samuelov est plus original : la Mort, selon elle, est un prout.

As-tu déjà lâcher un pet ? Tu laisses tout simplement échapper du gaz. Comme tu l’as toujours fait. Bien sur, par derrière. A part cette fois, ce n’est pas un pet ou deux, tu commences a te soulager et tu ne t’arrêtes pas. […] Qu’il ne reste plus a l’intérieur que du vide. C’est ca, la mort.

Le moment venu, les chaussures remplis de sable, vous vous retrouvez allongé à terre à raconter une blague médiocre que vous n’aviez pas pu raconter sans interruption, toute votre vie. La seule personne qui vous écoute, vous ne la connaissez même pas.

C’est un Allemand qui entre dans un restaurant chinois. Le serveur lui demande : « Qu’est-ce que vous mangerez aujourd’hui ? » L’Allemand dit : « Ce que je chierai demain. » Le serveur continue : « Ah non, ce que vous vous chierez demain, on ne pourra vous le servir qu’après-demain. » Et l’Allemand répond : "Mais comment demain ? Demain, je ne serai plus la, je pars en Hollande.

Vous rigolez tout seul. Vous osez raconter une blague si lamentable quelques minutes avant votre fin, comme si ce moment n’avait pas d’importance. Alors vous vous dites « Eh mince ! ». Votre mort, c’est sans gout et sans intérêt. Votre femme le sait, et vous le savez.
Épuisé de votre jogging, vous croyez être atteint d’une crise cardiaque. Gémissant, souffrant, tourmenté, angoissé. Des spasmes vous traversent la poitrine, vous essayez de vous relever mais finalement, vous lâchez-prise. La vie ne vous laisse pas le choix, que ça soit aujourd’hui ou demain, on finit tous par mourir. Vous l’apercevez, la fin de ce long, long tunnel. Il y a quelque mois, celui la vous paraissait si loin ; insaisissable, intouchable, inabordable. Elle n’est plus qu’à quelques pas à cet instant ci. Une lumière appellative vous tend les bras, grands ouverts pour vous accueillir, vous loger et vous nourrir.

Attente de l’ange Samuelov, au bout du tunnel

Vous regrettez de ne pas pouvoir assister au mariage de votre propre fils, l’évènement que vous aviez tant préparé, votre fils que vous aviez tant aimé. Oh ! L’histoire de Baragontsélé, décédé sur la plage. Sans famille. Abandonné. Le mariage, sans Baragontsélé. La vie, sans Baragontsélé.
Quand l’on dit que l’on apprend de nouvelles choses tous les jours, l’on n’a pas tord ! Même quelques minutes avant votre dernier souffle, vous en apprenez. L’ange de la mort est venu vous chercher. Vous pensez que cela est impossible, mais le voila, en chair et en os OS Operating System : Système d’exploitation , devant vous. Il est venu dérober votre âme. Précieuse ? Non. L’âme ici, est un pet.
Alors, c’est ainsi que vous vous retrouvez à souffler la flatulence la plus longue de votre vie. Lentement, dans une expiration ininterrompu. Vous vous sentez de plus en plus allégé. Dégonflé. Votre grâce sors de votre corps, s’échappe lentement du récipient qui l’a enfermé pendant une éternité. Un grand soulagement. Agréable, comme sensation,non ?

L’esprit, fragile et léger se libère dans un long souffle soulageant

Le travail, l’angoisse, la vie, l’ennui, le temps qui passe, routine, ennui, l’amour, les rêves, l’envie, photos, sourires, encore la vie, le stress, le noir, les larmes, les cris, les klaxons, les sonneries. La routine, le premier jour comme le dernier. Un monde de miasmes morbides vous entoure. Le seul moyen pour se libérer, la mort, l’échappatoire ultime.

L’envol vers un autre monde

Photos prises par San Yvin, figurant Mai Chi Dang.