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Faut-il tuer le clown ? de Jean-François Champion

par Bernard Anaïs

Faut-il tuer le clown ? de Jean-François Champion

Alors que je passais en revue les différentes chaînes à la télévision, ma télécommande a finalement repris son souffle lorsque je suis tombée sur cette pièce de théâtre : “Faut-il tuer le clown ?”. C’est le personnage d’un clown, Ferdinand Brocoulier, à la retraite, qui s’est retiré du monde du spectacle après la mort de son partenaire de scène. Il s’isole alors dans sa maison de campagne en Normandie. Un jour, il apprend qu’il est atteint d’une maladie grave. A cela, s’ajoute sa lassitude. Il lui est arrivé ce qui peut arriver de pire à un être humain, il n’a plus de désir. En effet, il a tout eu, l’argent, la célébrité, l’amour ... Il décide alors de mettre fin à ses jours. N’ayant pas assez de courage pour le faire lui-même, il fait appel à un tueur à gage. Finalement, il se retrouve nez-à-nez avec un jeune novice qui débute dans le métier. Il s’en suit un weekend chargé de situations drôlissimes.

Il est vrai qu’avec une telle intrigue, on pourrait s’attendre à une pièce tragique, mais bien au contraire ! L’auteur a réussi à traiter une histoire très dramatique avec extrême humour. Dans les répliques, il manie avec finesse l’art de la dérision. Ferdinand ironise sans cesse et s’autorise à se moquer de ceux qui l’entourent de par sa vieillesse et sa mort toute proche, “Je suis trop vieux pour m’occuper de la bienséance.”, dit-il. Il prend du recul par rapport aux autres personnages. C’est ce décalage qui rend le personnage comique. Alors que son entourage est bien ancré dans son monde, Ferdinand a une vue d’ensemble. C’est lui qui tire les ficelles de la pièce. Se retrouvant dans une situation délicate où le tueur à gage risque d’être identifié et pour couper court aux rumeurs, il va le faire passer auprès de ses proches, pour son fils caché, Stéphane. Plus tard, ce dernier lui demande pourquoi Ferdinand a choisi ce prénom. Il lui répond simplement : “Parce que… C’est beaucoup plus joli qu’Alain d’abord”. C’est avec légèreté et ironie qu’il termine ce début de réplique. Avant de continuer, il s’assoit et c’est sur un ton pensif qu’il enchaîne “et puis c’est le prénom que j’aurais choisi si j’avais eu un fils.” Malgré ses paroles provocantes, le vieux clown reste néanmoins attendrissant. A certains moments, on ressent presque de la pitié et de la tristesse à son égard. Il ne peut cependant pas s’empêcher de faire le clown en toute connaissance de cause ! Alors que Ferdinand s’apprête à jouer de la trompette, Alain lui lance, tout innocent et spontané : “Vous allez jouer de la trompette, j’adore !”. Sèchement, on lui répond : “Non, je vais faire une lessive de synthétique… “. Sur l’ensemble de la pièce, c’est ce changement d’humeurs et d’attitudes qui rend le personnage si risible.

Au niveau de la scénographie, la pièce n’est pas en reste. Le décor a été minutieusement choisi. On retrouve l’univers du cirque avec le pantin à taille humaine accroché dans le fond comme un trophée de compétition. Il y a un grand cheval de bois à bascule qui évoque bien évidemment l’enfance. Pour un homme qui s’apprête à mourir, le décor reste très éclairé et convivial. En effet, peut importe l’heure de la journée, que ce soit le jour ou la nuit, la lumière ne varie pas. Ce choix peut rappeler les lumières aveuglantes des cirques. Cet univers clownesque se retrouve aussi dans le jeu d’acteur. Alain aura tendance à tomber, à glisser et à s’exprimer avec exagération. Alors qu’il aura un humour burlesque, Ferdinand aura un humour grissant. Finalement, c’est comme si leurs personnalités s’étaient inversées, un tueur à gage gai comme un pinçon et un clown cynique. De temps à autre, ce dernier se montre nostalgique. Lorsqu’il est seul, il remet son nez rouge et joue de la trompette. Il est d’ailleurs habillé pendant le premier acte en costume de clown, que je qualifierais “élégant” de par sa sobriété (redingote et pantalon noir, et un énorme nœud rouge parfois accompagné d’un chapeau haut-de-forme)

Il s’agit donc d’une pièce comique pleine de rebondissements qui au final, est vraiment agréable. On passe une heure et demie de bonne humeur. La comédie de Jean-François Champion, portée par Michel Roux (comédien jouant le rôle de Ferdinand), nous invite à assister au dernier tour de piste d’un vieux clown encore plein de ressources.

Voici la bande-annonce de la pièce : http://www.youtube.com/watch?v=j-qn...

(Ecrit par Anais Bernard, Terminale S)